Certaines traditions idéalisent Bouddha, et le mettent sur un piédestal bien au-dessus du reste d’entre nous. Ensuite, elles utilisent la méditation et le «bouddhisme» comme un moyen pour essayer se se lever à la hauteur de cet idéal. Est-ca que cela les rapproche de qui ils sont vraiment?

Bouddha était humain avec toutes les faiblesses qui vont avec. Il a quitté sa femme la nuit où son fils a été conçu, et est devenu itinérant pendant 6 ans. Je vois cela comme l’acte d’un homme à la croisée des chemins. Il lui a fallu six ans pour se guérir. Les éléments essentiels de son autothérapie sont si significatifs pour les personnes qui ont des problèmes mentaux aujourd’hui, en partie parce qu’il a été là, et il connait leur préoccupations.

Le véritable adepte du Zen cherche le Bouddha à l’intérieur de soi plutôt qu’à l’extérieur—il voit  le Bouddha comme lui-même plutôt que comme un autre. Cela amène aussi le Bouddha au moment présent.

Le Zen s’exprime bien par des anecdotes. En voici une sur la différence entre Bouddha et son image:

Une fois, Ikkyu séjournait dans un temple. La nuit était froide, et il y avait trois bouddhas en bois dans la cour; alors il alluma un feu et en brûla un pour se réchauffer.

Quand le prêtre est venu et a vu ce qui se passait, il était en colère: « Qu’est-ce que tu fais en brûlant le Bouddha, es-tu fou? il cria.

En réponse, Ikkyu commença à fouiller dans les cendres avec son bâton.

Le prêtre demanda: « Maintenant qu’est-ce que tu fais?

Ikkyu répondit: « Je cherche les os du Bouddha. »

Voici une question qui apparaît sous le numéro 23 de la collection des Koan, La Porte sans Porte.
“À quoi ressemblait votre visage avant la naissance de vos parents?”

Avez-vous déjà souhaité pouvoir vous connecter avec votre père ou un proche en toute ouverture et intimité, sans que leurs croyances et leurs habitudes de pensée n’entrent en jeu?

Un poème Zen du même Ikkyu que ci-dessus rend ce Koan soudainement clair:

Entendre un corbeau sans bouche
Pleurer dans les profonds ténèbres de la nuit,
je ressens le désir pour
Mon père avant sa naissance.

Quand j’ai étudié avec Robert Aitken Roshi à Hawaï, mon premier Koan était Qui est-ce qui écoute? C’était approprié, car pendant les méditations matinales, les oiseaux tropicaux donnaient des concerts de chansons à l’extérieur du Zendo.

« Moi » n’a pas passé comme réponse. Aitken est revenu avec « Qui est-ce? »
« Joseph » n’a pas réussi non plus. Il l’a rejeté avec, « Ce n’est qu’une étiquette. »
La réponse qui a finalement ouvert mon esprit fut: « Juste écoute. »

Essayez d’entendre des sons, de voir des choses et d’observer des événements sans les confondre avec l’histoire de votre propre ‘moi’. Juste écoutez, et juste observez.

VISUALISER LE BOUDDHA COMME FEMME

La tradition Zen nous invite à trouver Bouddha en dedans de nous, en tant qu’esprit d’éveil et d’amour.

Pour une femme, visualiser Bouddha comme une femme permet de toucher plus facilement le Bouddha à l’intérieur.

Pour un homme cette pratique peut être comme un vent d’air frais qui nous permet de voir le bouddha sous un angle différent.

LA SAGESSE ET LA PLEINE CONSCIENCE

La sagesse et la pleine conscience vont ensemble. La sagesse pointe vers une perspective plus large, et avec la pleine conscience nous pouvons penser et agir à partir de cette perspective élargie dans des situations quotidiennes.

  • Penser et observer peuvent aussi aller ensemble. La pensée avance les choses, l’observation les apprécie. Lors d’une de mes randonnées dans le Parc National de la Mauricie, je suis arrivé tout d’un coup à un belvédère avec une vaste vue du haut d’une montagne. Je voyais la forêt, un lac, des nuages ​​blancs, et le ciel bleu. Comparé au stationnement où j’ai commencé ma randonnée, le nouveau belvédère était comme un aperçu—soudain, gratifiant et inattendu.
  • L’observation est comme une scène ou une photographie, alors que la pensée ressemble plus à une histoire ou à un film.
  • L’observation fonctionne comme l’indicatif en grammaire: elle décrit ce qui est. La pensée ressemble plus au subjonctif ou au conditionnel, comme « ça serait », « ça pourrait être », ou même « ça devrait être ». La pensée est une faculté précieuse qui peut résoudre des problèmes; cependant, elle peut aussi en créer.
  • Qu’est-ce qui fait la différence? La sagesse. 
  • La sagesse fait la qualité de nos pensées.
  • La prise de conscience est basée sur l’observation—l’observation de l’environnement, des sensations, ou des émotions. Elle nous relie à notre expérience.
  • La pensée part de l’observation et va plus loin. Cependant, sans sagesse, elle peut nous séparer du moment présent et de ce que nous sommes en train de faire.

L’expression « train de pensée », inventée avant que les avions ne remplacent les trains comme moyen de transport populaire, fait référence à la façon dont les pensées se succèdent comme le font les wagons d’un train. Penser, c’est comme un voyage: on monte dans un avion et ça nous emmène quelque part, sauf qu’avec la pensée on peut se trouver dans un endroit imaginaire. Observez le tableau des destinations à l’aéroport de votre esprit:
Ce vol vous emmène-t-il au paradis ou en enfer?
Si ç’est l’enfer, changez de vol.

LE TEMPS

Dogen a dit : « Le rat est le temps, le tigre est le temps, les êtres vivants sont le temps, les bouddhas sont le temps. La vérité simplement se manifeste en tant que personne ordinaire pour le moment.“
Ne voyons pas le temps seulement comme une abstraction —le temps n’est pas séparé de la vie. Lorsque nous sommes complètement absorbés par ce que nous faisons, nous perdons la notion du temps. Nous devenons le temps. L’accent est sur l’expérience.
Lorsque nous commençons à penser au temps—le passé, le présent, le futur—la conscience de soi commence. Sans l’idée du temps, la vie continue. Le sang coule, le souffle souffle. Voyons l’anxiété liée au temps comme une fonction de l’ego. Les planètes ne craignent pas d’être en retard ou en avance. Ni un bébé. Il va naître quand il est prêt.

Au fur et à mesure que je m’identifie à l’esprit de la nature, l’anxiété du temps s’estompe. Je ressens mon propre souffle comme la nature qui respire à travers moi. Je deviens le temps. Et quand le temps devient vie, je vois que le présent embrasse aussi le passé et le futur: je contemple le passé et le futur tout en restant ancré dans la vie.

C’est l’esprit conscient qui voit le temps comme une quantité abstraite et le divise en une séquence ordonnée d’heures et de millisecondes, d’avant et d’après. La qualité mythique du temps est appelée “Dreamtime” par les aborigènes australiens; cette qualité prend vie dans nos rêves où le passé, le présent et le futur semblent tourbillonner ensemble comme dans un mixeur. Cela n’est que trop réel pour les personnes atteintes du SSPT, mais pas seulement pour elles.
ESPACE-TEMPS: Le temps et l’espace ne sont pas séparés, ici et maintenant font une seule entité.
(La Théorie de la Relativité considère le temps comme la quatrième dimension de l’espace.)
Un dernier mot de Thich Nhat Hanh: « Le temps n’est pas de l’argent, le temps c’est la vie, le temps c’est l’amour. »